Gestion du stress et stratégies d'adaptation

Le stress chronique nuit à la santé. Le psychologue enseigne des stratégies de coping : relaxation, respiration, pleine conscience, restructuration cognitive, résolution de problèmes.

L'objectif est de réduire la détresse, d'augmenter le sentiment de contrôle et de prévenir l'épuisement

Les stratégies d'ajustement ou coping

L'individu ne subit pas passivement les événements de vie aigus et chroniques mais essaye d'y « faire face » (to Copé). On parle de coping pour désigner les réponses, réactions, que l'individu va élabore pour maîtriser, réduire ou simplement tolérer la situation aversive. Ce terme, « stratégie d'ajustement », est admis dans certains d'abord traduit par « dictionnaires français depuis 1999. Le concept de coping est extrêmement populaire depuis les années 1975 dans les pays anglo-saxons l a donné lieu à des milliers de travaux scientifiques. En France, I a commencé à être utilisé dans les années 1990 (Paulhan, 1992 : 1994 ; Cousson-Gélie et al., 1996) et est popularisé depuis une dizaine d'années.

Le coping peut prendre des formes très diverses. Il peut s'agir de cognitions (réévaluation de la situation stressante ou des ressources disponibles, restructuration cognitive, plans d'action...), d'affects (expression ou au contraire répression de la peur, de la colère, de la détresse...) ou de comportements (résolution de problème, recherche d'information, recherche d'aide, consommation de substances, activité physique...). Ainsi, par exemple, à l'annonce de résultats positifs suite à la biopsie d'une tumeur du sein, une patiente peut distordre la réalité et prétendre que ce n'est qu'un kyste « bénin », exprimer sa détresse ou sa colère, s'informer ou consulter d'autres spécialistes. Ces réactions permettent à une personne confrontée à l'adversité de tenter de transformer la situation et/ou de se modifier lui-même pour la rendre plus tolérable.

Historique de la notion de coping

Historiquement, la notion de coping est affiliée à celle de mécanisme de défense, développée depuis la fin du xıx siècle par la psychanalyse et à celle d'adaptation, développée depuis la seconde moitié du xix siècle et commune à la biologie, à l'éthologie et à la psychologie animale, dont la perspective évolutionniste de Darwin en particulier

Coping et défense

Le concept de défense date de la fin du XIX siècle. Il est étroitement associé au développement de la psychanalyse, de la psychologie dynamique et de la psychologie. Breuer et Freud observent que des idée désagréables et perturbantes sont parfois inaccessibles à la conscience Dans les premiers textes de Freud sont décrits les divers mécanismes défensifs utilisés par les individus pour détourner, déformer ou déguster des affects et pensées inacceptables. Puis le concept de défense évoluera et celui de < répression » jouera un rôle grandissant. Dans un texte de Freud de 1926 (< Inhibition, symptôme et angoisse), le terme de défense est utilisé dans un sens général pour désigner la lutte du contre les idées et affects intolérables, la répression apparaissant comme l'un des mécanismes de défense essentiels.

À partir des années 1960-1970, les recherches consacrées aux mécanismes de défense commencèrent à utiliser le terme de coping (terme qui fut répertorié pour la première fois dans les mots-clés de psychological Abstracts en 1967), pour désigner les mécanismes de défense les plus < adaptés » (sublimation, humour). Il est intéressant de noter que les premiers travaux consacrés au coping se situent dans la lignée de ceux consacrés aux mécanismes de défense. Greer et ses collègues (1979), par exemple, décrivent quatre types d'attitudes chez des patientes atteintes d'un cancer du sein : déni, esprit combatif, stoïcisme et impuissance- désespoir. La technique utilisée (entretiens cliniques) et ces dénominations marquent la transition entre les mécanismes de défense classiques et coping, notion alors en émergence.

Les différences entre mécanisme de défense et stratégie de coping pourraient être résumées de la façon suivante. Un mécanisme de défense est rigide, inconscient, indifférencié, lié à des conflits intrapsychiques et à des événements de vie anciens, il distord généralement la réalité. Sa fonction est de maintenir l'angoisse à un niveau tolérable, Une stratégie de coping est flexible, consciente, différenciée (relative à un problème dans les relations entre individu et environnement), elle est orientée vers la réalité (interne ou externe). Sa fonction est de permettre à l'individu de maîtriser, réduire ou supporter les perturbations induites par cette situation. Les stratégies de coping se différencièrent peu à peu des mécanismes de défense, notamment parce que ce sont des tentatives conscientes et volontaires pour affronter des problèmes actuels ou récents. Pour une synthèse des différences et convergences entre défense et coping, voir Chabrol et Callahan (2004).

Coping et adaptation

Le concept de coping prend aussi sa source dans les théories relatives à l'adaptation et à l'évolution des espèces. L'individu disposerait d'un répertoire de réponses (innées et acquises) lui permettant de survivre face à diverses menaces vitales : attaquer (fight) ou fuir (fly), notamment lorsqu'il est confronté à un adversaire ou à une situation dangereuse¹. Le coping et le stress sont considérés par certains auteurs comme faisant partie intégrante des processus d'adaptation élaborés face aux difficultés de la vie.

Selon Lazarus et Folkman (1984), il convient de distinguer nettement coping et adaptation. L'adaptation est un concept très large, concernant toute la psychologie, voire même la biologie ; il inclut tous les modes de réaction des organismes vivants interagissant avec les conditions changeantes de l'environnement et, chez l'homme, les perceptions, émotions, motivations, apprentissages, etc. En revanche, le coping est un concept plus spécifique ; s'il inclut aussi les réponses d'ajustement des individus, il ne concerne que les réactions aux variations de l'environ- nement perçues comme menaçantes. De plus, l'adaptation implique des réactions d'ajustement stéréotypées et automatiques, alors que le coping comprend des réponses cognitives et comportementales conscientes changeantes, spécifiques et parfois nouvelles pour l'individu et pour l'espèce. Enfin la notion d'ajustement, flexible, est préférée aujourd'hui à celle d'adaptation, trop normative et finaliste.

L'approche transactionnelle du stress et du coping

L'approche transactionnelle du coping se distingue des modèles précé. Dents relatifs aux mécanismes de défense et aux processus d'adaptation. Selon elle, il n'y a pas de stratégie efficace ou inefficace en soi, indépendamment des caractéristiques de la situation à affronter. L'efficacité d'une stratégie dépend aussi des critères considérés (équilibre émotionnel bien-être, qualité de vie, santé physique...), une stratégie pouvant par exemple protéger l'individu contre les états émotionnels négatifs tout en nuisant à sa santé (alcoolisme, tabagisme...).

Définition

Lazarus et Folkman (1984) définissent le coping comme « l'ensemble des efforts cognitifs et comportementaux, constamment changeants, (déployés) pourgérer des exigences spécifiques internes et/ou externes qui sont évaluées (par la personne) comme consommant ou excédant ses ressources ». Selon cette définition, le coping est un processus spécifique et constamment changeant, et non une disposition, caractéristique générale et stable. La théorie transactionnelle situe le coping au cœur de son modèle, où il est considéré comme un processus transactionnel entre individu et environnement, changeant sans cesse selon les moments, d'où une importante variabilité intra-individuelle. En revanche, le coping-trait appelé par certains auteurs < style de coping », est une tendance stable à adopter une certaine stratégie de coping face différentes situations ; Lazarus et Folkman (1984) ne le situent pas parmi les variables transactionnelles du modèle mais l'assimilent à une variable dis positionnelle. Nous y reviendrons dans la suite de ce chapitre

Un processus séquentiel

Le coping est un processus dynamique qui ne se réduit pas à une relation linéaire du type stimulus-réponse. Il est constitué en effet d'efforts cognitifs et comportementaux variant constamment en fonction des...

Les déterminants du coping

Selon l'approche transactionnelle, le coping est un ensemble de réponses à des situations stressantes spécifiques. C'est un processus dynamique qui change en fonction des situations et de la façon don't l'individu les évalue. Pour certains auteurs, les déterminants du coping sont dits positionnels (caractéristiques cognitives et conatives de l'individu), pour d'autres, le coping est déterminé par des caractéristiques situationnelles (nature du problème, contrôlabilité...)

Les déterminants dis positionnels du coping

Selon plusieurs auteurs, les stratégies de coping ne sont pas spécifiques mais générales (Trans situationnelles) car elles seraient déterminées par certaines caractéristiques dis positionnelles des individus (traits de personnalité) plutôt que par celles des situations, plus fluctuantes. Ces déterminants étant relativement stables, chaque individu mobilise préférentiellement certaines stratégies plutôt que d'autres face à la variété

L'évaluation du coping général : quelques instruments

Les outils d'évaluation du coping sont disparates, ce qui se conçoit puis- qu'il s'agit d'un concept polysémique. Il peut comprendre des réponses émotionnelles, cognitives ou comportementales. Nous ne citerons ici que quelques-uns des outils les plus utilisés et don't les qualités psycho- métriques sont satisfaisantes. Ce bilan concerne les stratégies générales de coping, mais aussi des stratégies plus spécifiques utilisées face à certains stresseurs. Il existe aussi des échelles de coping spécifiques destinées à certaines populations.